Betz (prononcer Bé) est situé dans l'Oise, à une trentaine de kilomètres à l'est d'Ermenonville. Le parc est né du désoeuvrement de Marie-Christine de Brignole, princesse de Monaco, maîtresse de Louis-Joseph de Bourbon-Condé (1836-1818). Ce dernier ne la fréquentait pas avec l'assiduité qu'elle aurait désirée, en partie à cause de la jalousie de l'épouse légitime, surtout à cause de l'inconstance du prince. Donc, la princesse de Monaco, après avoir régné à Chantilly, résidence de Condé, ne pouvait plus y paraître. Pour rester à distance raisonnable, elle s'installa à Betz, et, pour être à la dernière mode, fit aménager un parc à fabriques.
Le domaine s'étend sur les rives de la Grivette. C'est une de ces petites rivières qui ont creusé des vallons parfois assez encaissés dans les plateaux monotones constituant la majorité du relief. Le paysage y change du tout au tout, il s'anime, des bois occupent les versants et des plantations d'alignement les fonds. On y trouve cette campagne bucolique et douce qui donne son caractère au vieux coeur de la France des premières dynasties.
Le duc d'Harcourt, amateur éclairé comme Monville ou Caraman, est à l'origine du projet d'ensemble. Hubert Robert dessina plus précisément les paysages composés et l'esquisse des fabriques. L'architecte Le Gendre les réalisa.
Le parc s'ordonnait le long de la Grivette, avec deux îles principales, dont la plus importante recevait le château, l'autre un pavillon oriental. La rivière servait de prétexte à des ponts, des passerelles de bois, des cascades. L'île du pavillon oriental était reliée au rivage par un pont chinois et des jonques flottaient sur son pourtour.
La pièce maîtresse du parc était la Vallée des Tombeaux. Il s'agissait en fait d'une esplanade allongée bordée de massifs d' "arbres mélancoliques", dont des cyprès, et décorée de faux tombeaux gothiques supposés être ceux de Thybaud de Betz mort à la croisade et d'Adèle de Crépy sa compagne morte de douleur. Comme dans les autres vallées des tombeaux (dont celle de Monceau), l'intention moralisatrice est tellement évidente qu'elle en est un peu puérile. L'un des tombeaux, ajouté par la suite, fut transporté depuis le cimetière des Innocents lors de sa suppression. Bien que ce ne fut pas la pièce la plus remarquable, il jouait ce rôle d'élément authentique si apprécié dans la composition d'un parc.
Les autres fabriques étaient : un temple druidique de bois (lui aussi rapidement disparu), une tour féodale ruinée, une petite pyramide portant l'inscription "A l'Indépendance américaine" gravée en lettres d'or, une chapelle, un ermitage habité par un faux ermite et les bains de la princesse, juxtaposition de blocs de marbres dans un décor champêtre. La fabrique la plus précieuse était le Temple de l'Amitié, à quatre colonnes doriques. Il abritait un moulage en plâtre de l'Amour et l'Amitié sculpté par Pigalle pour Mme de Pompadour (moulage de grande valeur artistique retouché par Dejoux) et un "lit circulaire".
Condé ayant fui la France dès 1789 (il devint le chef de l'armée des émigrés), la princesse abandonna son domaine. Le château fut vendu à la Révolution et détruit en 1817. Comme dans la plupart des parcs à fabriques les éléments décoratifs en bois et l'organisation du végétal disparurent très vite. Les propriétaires successifs ne cherchèrent pas la destruction systématique des fabriques, dont plusieurs subsistaient encore vers 1910, mais dans un cadre planté largement différent de celui voulu à la création.
Le parc est aujourd'hui une résidence privée d'un souverain étranger. Les fabriques passent pour parfaitement entretenues mais, bien entendu, le domaine n'est pas ouvert à la visite. Le promeneur ne peut capter pratiquement aucune vue du parc, entouré d'un long mur, sauf de la tour gothique ruinée, dont la silhouette est assez bien visible en hiver quand la végétation est tombée, depuis la route quittant Betz par le nord-ouest. Pas de quoi justifier un déplacement, malgré tout.
Il subsisterait, en outre, le Temple de l'Amitié, la pyramide de l'Indépendance américaine, quelques soubassements de tombeaux.
Voir des cartes postales anciennes du parc et de ses fabriques.
Source : Hallays, Paris, 1910