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Les jardins anglais comme les jardins anglo-chinois trouvent bien entendu leur origine en Angleterre.
La mode se propagea aux autres pays européens vers 1750. Ce n'est pas en France qu'elle s'implanta le plus rapidement. En Suède, un parc de pavillons chinois remonte à 1753 et Frédéric II de Prusse construisit en 1754-1757 une maison de thé chinoise à Sanssouci, vingt ans avant la vogue en France, qui s'est amorcée vers 1775 (le pavillon chinois de Lunéville, qui remonte à 1737, n'est pas un exemple d'acclimatation précoce du genre en France. L'initiative de la construction revient à Stanislas Leczinsky, roi déchu de Pologne).
A propos de l'évolution du jardin anglais au jardin anglo-chinois puis au Picturesque, voir la bibliographie générale, en particulier le livre de Tom Turner
,
les articles en ligne de Kirk Johnson
et la conférence de Baldine Saint Girons.
Je cite dans cette page les parcs à l'étranger traités en jardin anglo-chinois orné de fabriques ou de folies, et quelques parcs qui s'en rapprochent, soit qu'ils précèdent le style, soit qu'ils le suivent. Les parcs de Suède sont présentés dans une page spécifique, en raison des relations avec le Désert de Retz. Je n'ai jamais visité ces parcs situés à l'étranger; il n'y a donc pas de photos.
Trop souvent, les liens ci-après deviennent rapidement invalides; la palme en la matière revient aux pays d'Europe orientale.
Localisation des jardins anglo-chinois et des fabriques
Image mappée renvoyant aux passages correspondants
parcs principaux
parcs campagnards
fabriques isolées
sites disparus
Stowe
, archétype du jardin anglais : bien noter que ce n'est pas un jardin anglo-chinois.
Je le cite précisément pour mesurer l'évolution. Stowe comporte une trentaine de petites constructions, principalement néoclassiques. Le jardin anglo-chinois se différencie
du jardin anglais en ce qu'il fait appel systématiquement (mais pas exclusivement) à des pavillons chinois ou orientalistes, par un paysage compartimenté et des allées qui serpentent (style "Serpentine" du jardin anglais)
et par la préciosité du décor bâti aussi bien que végétal. Ces attributs ne sont pas présents à Stowe.
Rousham
, oeuvre majeure de William Kent, commencé en 1738. Parc anglais avec des cascades, des cheminements bordés de sièges et plusieurs fabriques dont l' "Eye-catcher".
Stourhead
et Painshill
, autres jardins anglais contemporains de Stowe.
Studley Royal
, site inscrit au patrimoine mondial
de l'Unesco, a une histoire curieuse. John Aislabie, richissime propriétaire, chancelier de l'échiquier, perdit argent et honorabilité dans des spéculations sur le commerce avec les Indes.
Aigri, il reporta tout sur son parc. Son fils William poursuivit son oeuvre à partir de 1742 et acheta les ruines contiguës de l'abbaye cistercienne de Fountains Abbey. Une douzaine de fabriques (en comptant pour une seule la vallée des ponts), dont deux temples. Jardin anglais baroque plutôt qu'anglo-chinois, mais lieu magique.
Kew Gardens
, contigu à Greenwich, archétype du jardin anglo-chinois. On y dénombre une quarantaine de fabriques, en parfait état d'entretien. Parmi cette pléiade, il est difficile d'en citer une plus que d'autres,
si ce n'est peut-être la fameuse pagode chinoise
due à William Chambers, dont l'oeuvre rayonna dans toute l'Europe: Chanteloup, Schonenberg, Grönsöö ... en sont inspirés.
Wrest Park
(Bedfordshire) : créé au début du XVIIIème siècle pour le duc de Kent, comprend un
parc anglais et un jardin français. Plusieurs folies ornent le parc : une orangerie, le pavillon de l'archer, l'autel de Mithra
ainsi qu'un pavillon et un pont chinois.
Shugborough
(Straffordshire) : le parc a été aménagé en deux phases. L'amiral George Anson, qui avait séjourné plusieurs mois à Canton, fit construire en 1747 une pagode chinoise (détruite),
le pavillon
et le pont chinois qui subsistent.
Vers 1760 Thomas Anson commanda à James Stuart "l'Athénien" des fabriques classiques. Un pont palladien, un temple dorique, le temple des vents, la lanterne de Démosthène, un arc de triomphe, la maison des bergers,
une cascade à colonnade, et des ruines. Ce parc est plus une évolution vers le Picturesque qu'anglo-chinois.
Hestercombe
(Somerset) :
ce parc dont le noyau remonte au 13ème siècle a été aménagé vers 1770 sous une forte influence des Leasowes. Complètement abandonné en tant que parc d'agrément, il n'était plus voici une vingtaine d'années qu'un bois de rapport.
Son état a été restitué à partir des années 1990 par curage des étangs comblés, reconstitution des parcours et plantations adéquates.
A Boughton House
, "Versailles anglais" un pavillon chinois
de 1745 aux panneaux de cuir vernis est conservé dans l'aile inachevée.
Alresford Hall : au bord du lac de sa résidence, le général Francis Slater-Row fit construire un pavillon chinois. Il est à demi avancé sur l'eau et servait à la pêche.
Le pavillon serait conservé avec soin par les descendants du général, qui résident toujours la. Le pavillon a une notoriété particulière, en raison de la peinture
et des dessins dits "des Quarters" qu'en a laissés John Constable.
J'ai consacré une page particulière aux Leasowes, créés par le poète William Shenstone, qui ne sont pas exactement un parc à fabriques et encore moins un jardin anglo-chinois, mais plutôt le modèle du jardin romantique. Les Leasowes inspirèrent le marquis de Girardin pour Ermenonville, qui inspira en retour Kilfane (voir ci-dessous).
Au Royaume-Uni, les jardins anglo-chinois sont plus rares que les jardins anglais, innombrables. Je m'efforce d'en repérer d'autres exemples. On trouve d'autre part un bon nombre de pavillons chinois
ou japonais
d'époque victorienne ou postérieurs, qui n'entrent pas dans le sujet.
Sans parler des vertigineux Alton Towers
(remarquable pagode chinoise, mais transformé en parc à thème) et Woburn Abbey
(avec un safari-park).
Dans cette veine, je vous signale la possibilité de commander un Lusthus pavilion
dans la tradition anglo-chinoise suédoise du XVIIIème siècle, montrant également qu'il ne faut pas perdre d'occasion de commercer.
L'Irlande faisait alors partie du Royaume Uni. Deux fermes ornées : Kilfane
dont nous venons de parler, et
Larchill
, dans le comté de Kildare.
Sanssouci Frédéric II de Prusse construisit en 1754-1757 une maison de thé chinoise
dans son parc de Sanssouci
à
Potsdam
(voir conditions de visite)
.
Ce pavillon chinois est sans doute l'un des plus luxueux et mieux conservés qu'il nous soit donné d'admirer aujourd'hui. J'écris Sanssouci à l'allemande, nous aurions tendance à écrire Sans-Souci.
Dans les Nouveaux Jardins, aménagés pour Frédéric-Guillaume II, se trouve une pyramide-glacière de 1791-1792, par l'architecte Gottard. Des remaniements ultérieurs étalés jusqu'au milieu du XIXème siècle affirmèrent le caractère de jardin anglais du parc. De cette époque date un monument funéraire à la reine Louise, de style néoclassique.
Potsdam est entouré d'un formidable enchaînement de parcs, ceinturant des lacs bordés d'une profusion de bâtiments
s'apparentant aux fabriques et folies, parcourus de rivières, où les évolutions de style ajoutent à la surprise. C'est l'ensemble d'un seul tenant le plus fourni, si ce n'est le plus vaste (qui semble être Lednice-Valtice ).
Sanspareil : Whilelmine, soeur de Frédéric II, épousa le margrave de Bayreuth
, qu'elle surclassait largement.
Autour du château Eremitage
, elle fit aménager un
jardin philosophique
.
Il est pourvu de rochers, de grottes, de réduits ou labyrinthes et de ruines. Son style pourrait être le plus proche de celui du Désert d'Ermenonville. Bien
que qualifié de jardin chinois, je n'y ai pas repéré de chinoiseries. En revanche il y a un éblouissant salon japonais dans le palais.
Wilhelmine aménagea ses palais sur une quarantaine d'années à partir de 1744; le jardin philosophique date principalement de 1774.
Kassel : Frédéric II de Prusse fit construire de 1781 à 1785 un village chinois,
le Mulang
, composé de pavillons et de fermes, dans un parc déjà orné de cascades. Il comptait aussi un moulin.
Son nom de Mulang, qui sonne pourtant agréablement chinois, n'est que la déformation phonétique du français moulin.
Un grand nombre de maisons subsistent, dont le plus important pavillon chinois, malheureusement banalisées dans le quartier, qui a été loti.
Dans Kassel, le parc
de Wilhelmshöhe
(début 18ème) comprend en outre
une pléiade de pavillons philosophiques
de la fin du 18ème siècle : la grotte de la Sibylle, l'ermitage de Socrate, une pyramide inspirée de celle de Caïus Cestius (source commune des pyramides anglo-chinoises),
un temple de Mercure, la pelouse de Virgile, la grotte de Pluton.
Le temple d'Apollon
est de 1817.
Sauf ce dernier temple, les pavillons philosophiques mentionnés ne sont que des éléments mineurs de ce parc étourdissant, organisé autour de la perspective monumentale des cascades partant de la tour de l'Hercule jusqu'au lac inférieur.
Le jardin de Dessau-Wörlitz le Prince Leopold III Friedrich Franz d'Anhalt-Dessau, s'appuyant sur des parcs et palais préexistants créa à partir de 1765 un royaume - jardin
autour de la ville de Dessau, entre l'Elbe et la Mulde.
Le prince fit aménager Wörlitz par l'architecte Erdmannsdorff. Par le compartimentage de l'espace en entités successives et le dialogue systématique d'un pavillon avec l'entourage de végétation et d'eau,
ce jardin annonce les parcs à fabriques, dont il pourrait être considéré comme le prototype (l'aménagement, commencé en 1765, s'étala sur quarante ans; Erdmannsdorff mourut en 1800).
Sur les 120 hectares d'origine, Wörlitz
est admirablement conservé, mais malheureusement enserré par une autoroute, des usines et le réseau routier.
Historique du jardin en français
et
site de la ville
.
Oranienbaum , construit à la fin du XVIIème siècle, fut aménagé en
jardin anglo-chinois
entre 1793 et 1797 par le prince d'Anhalt-Dessau.
C'est un des autres éléments du complexe de Dessau. On y trouve une pagode chinoise inspirée de William Chambers et une orangerie de taille exceptionnelle.
Munich : dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle un jardin anglais
de 375 hectares fut aménagé en centre ville
pour servir de jardin public, le premier d'Europe. Il compte deux pavillons chinois de 1789 (dont la tour restaurée en 1951).
Je n'ai guère d'autre information, sinon que l'un deux abrite un restaurant et qu'en 1972 un pavillon de thé japonais les a complétés, ce qui me laisse craindre qu'il ne faille guère espérer y ressentir le sublime.
Le Nymphenburg, du début du XVIIIème, abrite des fabriques (tempe, pagode, pavillon) de 1720/1725, qui ont été intégrées au jardin anglais de la fin XVIIIème. C'est donc un hybride pré et post anglo-chinois, grandiose au demeurant.
Schwetzingen "Versailles du Palatinat
" : la plus grande partie du jardin est à la française, avec des alignements rigoureux. Au delà de la pièce d'eau et sur le côté droit,
le paysagiste Ludwig von Skell aménagea un jardin anglo-chinois
à partir de 1777, avec un pont chinois et un "jardin turc" orné d'une mosquée. Ce palais
fut un des lieux les plus en vue du temps, Voltaire y séjourna et Mozart s'y produisit.
Mergentheim , : cette vieille forteresse des Chevaliers teutoniques fut agrémentée dès la renaissance d'un jardin de plaisance. Dans les dernières années du 18ème siècle et les premières du 19 ème, il fut transformé en
jardin anglo-chinois
.
Parmi les fabriques préservées, le pavillon de la demi-lune (Halbmondhäuschen), le pavillon de la cloche (Schellenhäuschen), un pavillon chinois et un pavillon turc sont d'époque. Le lac et l'île de J.J Rousseau ont été réaménagés au début du 20ème siècle.
Karlsruhe : trois pavillons chinois se trouvent dans le
parc
de la résidence des margraves de Baden
.
L'un, construit par Wilhelm Jeremias Müller (Guillaume Jérôme Meunier) aux environs 1780, se trouve dans "la faisanderie".
Deux autres ont été construits par Friedrich von Kesslau en 1784. Il s'agit de kiosques assez analogues au pavillon du parc de Kerlévenan; le premier, sur un plan carré, est surmonté d'un magot, le second, octogonal, d'une ombrelle en tôle.
Mes remerciements à Rolf Bühler et Jean-Pierre Volkmer des services fonciers de la ville pour les précisions qu'ils m'ont communiquées sur ces trois pavillons.
Eulbach : le château est entouré d'un parc de 3000 hectares, comprenant un jardin anglais
de la fin XVIIIème/ premières décennies du XIXème avec des ruines romantiques et des fabriques, en partie reconstruites : la tour de Römerkastellen, l'obélisque, des ruines romaines, chapelle.
Pillnitz (sur les bords de l'Elbe aux environs de Dresde) : jardin chinois
créé de
1790 à 1804 par Christian Friedrich Schuricht, avec un pavillon chinois
. L'ensemble est remarquablement remis en état, mais je n'ai pas encore de précisions sur ce qui est d'origine et ce qui a été
reconstruit après le grand bombardement de 1945. Une barque de fête est exposée devant le palais; elle porte un petit pavillon qui semble de style chinois, rappelant le pavillon chinois flottant de la Folie Saint-James.
Darmstad : un jardin anglo-chinois
a été créé par Carl Von Moser vers 1770 pour le prince Emile. Il est orné de fabriques, dont une église gothique, des ruines romantiques et
un pagodon chinois sur une île.
Les parcs du grand paysagiste allemand Peter Joseph Lenné sont un peu tardifs (après 1820) pour être assimilés aux jardins anglo-chinois. Il a en particulier créé d'importantes parties de l'ensemble de Potsdam que je n'ai pas citées, à Berlin
le parc de Klein Glienicke
et de
l'île aux paons
ornés de nombreuses fabriques. Cette dernière incorpore de fausses ruines antérieures datant de 1796.
Pavlovsk : à l'origine le palais et son parc
sont un cadeau de Catherine II à son fils Paul, à l'occasion de la naissance de son premier né mâle Alexandre. Charles Cameron, architecte écossais, réalisa de 1780 à 1786, avec le concours de l'artiste français F. Violiet, le palais et la partie la plus proche.
Cette partie centrale, traitée en jardin anglo-chinois, abrite le temple de l'amitié
, la volière, la laiterie, une colonnade d'Apollon
et des ponts au-dessus de la Slavyanka, petite rivière.
L'architecte italien Vincenzo Brenna, fut chargé du Vieux et du Nouveau Bois. De 1790 à 1796, il compléta les ponts (dont celui du centaure et de la tour), ajouta l'amphithéâtre vert et l'amphithéâtre de pierre, le pavillon de la tour du racloir, la cascade à la ruine, un treillis, la porte du théâtre.
Dans les premières décennies du XIXème siècle, les architectes A. Voronikhin et C. Rossi complétèrent le paysage : trois nouveaux ponts, un théâtre de plein air, une tente turque, le pavillon rose, et le paysage d'étangs et d'allées plus éloignés. Cameron lui-même ajouta en 1801 le pavillon des trois grâces, orné d'un marbre de Paolo Triscorni.
Ce parc somptueux
semble intégralement préservé (à l'exception de pavillons secondaires) sur plus de mille hectares : miracle de l'absence de spéculation foncière et de l'opiniâtreté du régime à relever les trésors nationaux anéantis par la guerre !
Tsarskoye Selo , appelé Pouchkine à partir de 1937, est maintenant connu sous les deux noms, l'ancien ayant tendance à l'emporter. Le grandissime poète y avait fait ses études secondaires, dans un groupe de condisciples formant une pépinière d'écrivains et d'artistes. Leurs cadets leur succédèrent, puis furent laminés par les suites de la Révolution d'Octobre : " toujours, jusqu'au bout de la Sibérie glacée, me reviendra le souvenir intouché des moments où l'avenir enivrant de la vie s'ouvrait pour nous à Tsarskoye Selo ".
On pourrait l'appeler palais des impératrices, car Catherine I y fit construire le premier pavillon, surprise pour son époux Pierre le Grand, puis Elisabeth construisit un palais, enfin Catherine II y fit aménager par Cameron plusieurs des salles majeures du palais et une partie du parc. Le tsar Alexandre prit le relais après 1800.
Comme dans beaucoup de sites dont il est question, les jardins connurent des aménagements successifs au gré des modes et des fantaisies des souverains. Mais ici, l'affection sans démenti qu'ils portèrent au lieu aboutit à une succession
complexe d'étapes d'aménagement : sur les 530 hectares du domaine
se juxtaposent plusieurs palais et des parties du parc distinctes.
Autour des palais respectifs, le parc d'Alexandre
et le parc de Catherine
font partie du "parc de paysage". La présentation ci-dessous correspond à la division d'usage entre ces deux parcs,
mais on trouve dans chacun des fabriques et pavillons construits à l'une ou l'autre période.
Dans le parc de Catherine se trouve la pyramide
de Cameron (construite en 1774 à la place d'une première pyramide),
le pavillon du bain turc, un pont de marbre (dit parfois Pont Palladien, car il est au modèle de celui de Palladio, comme dans plusieurs autres jardins anglais, dont Stowe) et une grotte. Au milieu de l'étang se dresse sur une île la colonne rostrale de Chesma, de 25 mètres de hauteur.
C'était l'époque d'une guerre avec l'empire Ottoman favorable à la Russie, et chaque victoire était saluée de la construction d'un pavillon de fantaisie. "Mon parc va être encombré, si cette guerre continue", faisait mine de se plaindre l'impératrice.
Le terrain désespérément plat et infertile obligea à de gigantesques travaux d'adduction et de déblaiement. Catherine hésitait devant l'énormité des dépenses pour créer des collines; puis elle se décida, en disant "C'est comme ça, c'est mon caprice".
Aussi les monticules artificiels entre lesquels s'étend le village chinois s'appellent le grand et le petit caprice.
La ménagerie, entourée de murs flanqués de 4 folies en forme de bastions militaires, abritait au centre Mon Bijou (en français), réplique baroque en miniature de l'Hermitage. Elle coexista avec le jardin anglo-chinois sur l'emprise du parc d'Alexandre, jusqu'à ce qu'elle soit rasée vers 1818 ainsi que ses murs d'enceinte.
L'architecte paysagiste Ilya Neyelov avait préparé dés 1778 - 1783 l'évolution vers un jardin anglais et aménagé des étangs aux formes irrégulières. Il formalisa en 1792 les plans d'une commande explicite de jardins anglo-chinois reprenant les fabriques déjà en place, autour du palais d'Alexandre.
S'y trouve une série de pavillons chinois de 1760/1770 : allée de pavillons, terrasse chinoise, des cuisines ruinées, le "Pavillon grinçant", dont les girouettes sont à dessein mal huilées et le village chinois
dû à Cameron, plus tardif, à la lisière du parc de Catherine. En 1828 furent ajoutées les portes égyptiennes par l'architecte Ménélas.
Ces étapes successives et l'importance du site n'ont d'équivalent qu'à Potsdam.
Lomonosov
: le parc
comporte deux pavillons chinois (le palais chinois et la cuisine chinoise) au bord d'un étang et, sur le rivage opposé, la pergola.
Gatchina
: le parc
comporte également des pavillons dans le goût anglo-chinois, dont un temple de Vénus sur l'île de l'amour et une colonne sur le rivage opposé.
Peterhof
, réplique de Pierre le Grand à Versailles, n'a pas de jardin anglo-chinois, mais seulement des pavillons classiques.
Ces palais et leurs parcs forment un ensemble exceptionnel autour de Saint-Pétersbourg, à l'image de la démesure de la Russie. La première ligne de chemin de fer du pays relia en 1837 Saint-Pétersbourg à Pavlovsk et Tsarskoye Selo. Occupés par les allemands pendant le siège de la ville en 1942, les palais furent quasiment détruits, les constructions étant saccagées à dessein. La plus grande partie a été restaurée. Le mobilier d'origine et la statuaire, abrités pendant le conflit, ont retrouvé leur place. Mais le bâti n'a été reconstruit qu'avec des matériaux économiques : plâtre peint pour la faïence, béton pour les colonnes ... l'aspect général est restitué mais le visiteur risque de ressentir le décalage. (précisions communiquées par un spécialiste officiel dont je préserve l'anonymat) Le pavillon d'ambre de Tsarskoye Selo était tellement exceptionnel qu'il n'a pas été reconstitué.
Dans les environs de Saint-Pétersbourg, sur les rives du golfe de Vyborg, se trouve également le parc MonRepos
aménagé par les Nicolaï au tournant 18ème/19ème siècle,
qui modifièrent un parc anglais créé par un petit fils du duc de Wurtemberg.
Ce n'est pas d'un parc impérial comme les précédents, et il en est fondamentalement différent. Assez sauvage, ses 180 hectares laissent une place importante aux rocailles naturelles et à des bois clairsemés, un peu comme le Désert d'Ermenonville. Il comprend un pont chinois et deux temples classiques (similitude de nom avec Monrepos de Ludwigsburg, sans aucun rapport).
>> un site culturel en français sur Saint-Petersbourg
, avec des renseignements pratiques
Moscou : bien que Saint-Pétersbourg ait accaparé la vie de la cour, quelques aristocrates se préoccupèrent de leurs parcs moscovites. Je n'ai pas encore de précisions sur ces quelques jardins susceptibles d'avoir été transformés dans le goût anglo-chinois. Le parc de Tasritsyno a été agrémenté de pavillons et de ruines pour Catherine II.
Lednice-Valtice : ce parc
,
aménagé par la famille des Liechtenstein est phénoménal : 18500 hectares ! Il s'étend entre les deux villes du sud de la Moravie dont il porte le nom. Sa limite sud est la frontière avec l'Autriche,
et il pourrait tout aussi bien être considéré comme autrichien. Le site a été inscrit en 1996 au patrimoine mondial
de l'Unesco; le World Monuments Fund
l'inscrit dans sa liste des 100 sites menacés.
Des forêts, des cours d'eau, des étangs, forment l'arrière-plan d'un immense paysage composé, orné de nombreuses fabriques, dont un minaret, des ruines (le château de Januh c'est à dire de Jean) et un temple de Diane.
(ce parc m'a été signalé par Ronald Kenyon
)
Veltrusy : le château
appartint pendant 250 ans à la famille des Chotek. Une crue désastreuse ayant dévasté le jardin à la française en 1764, donna l'occasion à Rudolf Chotek d'aménager un jardin anglais. De nouvelles dévastations en 1784 et 1785, donnèrent un nouvel élan de reconstruction dans le goût anglo-chinois, avec
de multiples fabriques et une "ferme arrangée". On peut encore voir le pavillon Dorique, le temple des amis de la campagne et des jardins, le réduit égyptien, le pont du sphinx et la grotte à la ruine, sans compter le pavillon de Laudon et celui de Marie Thérèse. Malheureusement le parc, installé dans une île de la Vltava, a souffert de la canalisation de cette rivière à la fin du 19ème siècle, qui le protège des crues mais le prive d'eau.
Opocno : le château est sur un site millénaire. Le vaste
parc baroque a été transformé dans les premières années du 19ème siècle, avec la création d'un jardin anglo-chinois
de 20 hectares.
La petite rivière Zlaty a été dérivée, sa vallée forme le paysage de fond. Au bord d'un des lacs se tient le
pavillon chinois. Des monticules artificiels, la montagne de l'aigle et la montagne géante, offrent des points de vue,
Les serres chaudes abritaient 350 espèces rares, orgueil du domaine, dont 230 survivent.
Vlasim : les Auerberg aménagèrent un jardin anglo-chinois
de 75 hectares à partir de 1755.
Il fut décoré de nombreuses fabriques sur des dessins de W. Berger et A. Pucherna, dont subsiste encore un pavillon chinois, de fausses ruines et plusieurs portes gothiques. La volière et la grotte ont disparu. Les restaurations récentes sont ... vigoureuses.
Cesky Krumlov : un labyrinthe, des grottes et le pavillon rococo Bellarie, au toit en pagode (sans être franchement chinois), valurent au jardin d'être décrit dans le "Cahier des Jardins anglo-chinois" de 1779. Le jardin de Rudoltice de 1770 semble avoir disparu.
Kromeriz : dans le parc du château
des archevêques d'Olomutz, un jardin anglais de 64 hectares orné de fabriques a été aménagé au 19ème siècle.
De nombreux jardins ont été créés autour de Vienne au XVIIIème siècle.
Laxenburg : l'impératrice Marie-Thérèse et son petit fils firent
aménager un parc anglais
de 250 hectares autour du château, au bord de la Schwechat. Les principales fabriques sont la grotte au bord du lac (Felsgrotte),
la tombe du chevalier, la maison de la Lune, le temple de la Concorde et le pavillon vert (Grunes Lusthaus) qui est un pavillon ouvert couvert de treillis.
Schöenbrunn en 1788-1790 le parc reçut quelques éléments à la mode : des ruines romaines (toujours présentes) et un obélisque, dont je ne sais pas s'il subsiste.
Schönborn
a un jardin anglais avec un pavillon chinois.
Neuwaldeck zu Dornbach aurait un parc à fabriques.
Pavillon chinois dans le parc du palais Esterházy
à Fertõd
.
Non loin, à Sopron
, la maison de l'ombrelle construite en 1800.
A Tata
: parc anglais
de 240 hectares. Des fabriques fin XVIIIème siècle ne subsiste que l'église en ruines de Moreau, la maison de thé chinoise et le pavillon turc ont malheureusement disparu
Le comte Juraj Niczky (qui était franc-maçon) créa vers 1790 un parc à fabriques à Paukovac près de Zelina. Autour d'une villa néoclassique, le jardin comprenait un étang et des fabriques : un hermitage, une ruine, une bergerie ornée et une animalerie, des pavillons peints et des statues de dieux de l'antiquité. Il semble qu'il n'en reste rien. Ce pourrait être le jardin le plus proche des parcs à fabriques de France.
Le château de Betliar
, de la famille Andrasy, prés de Rovzana, est entouré d'un jardin anglais de la fin du 18ème siècle. On y trouve un pavillon chinois, mais il
n'est pas sur pour autant qu'il s'agisse d'un parc à fabriques; il s'agit peut-être seulement d'exotisme du 19ème siècle, comme on en trouve beaucoup en Angleterre, d'autant plus que la famille a occupé et fait évoluer le domaine jusqu'en 1945.
Le parc de Frederiksberg
fut aménagé en jardin anglo-chinois à partir de 1799 puis sous Frédéric VI.
Le peintre Nicolai Abildgaard dessina le temple d'Apis et décora son intérieur, ainsi que des parties du
pavillon chinois construit par l'architecte Andreas Kirkerup. Ces deux constructions sont encore en place et peuvent être visitées à l'occasion d'expositions.
D'autres éléments de décor subsistent, dont un pont, mais le pavillon chinois de Søndermarken a été détruit.
Frederiksberg Have, 2000 Frederiksberg (banlieue de Copenhague) Information: Tel. 33 92 65 86
Le château de Frederiksberg Slot
ou "palais jaune" a été construit vers 1700 comme résidence d'été de Frédéric IV. Le parc anglais ultérieur comprend un pavillon chinois et un châlet suisse. C'est aujourd'hui l'Académie militaire.
Dans l'île de Tåsinge
, le riche château de Valdemar abrite dans un parc maintes fois remanié un pavillon de thé de 1790.
Dans l'île de Møn, au manoir de Liselund
: Antoine de Bosc de la Calmette et son épouse Lisa aménagèrent un jardin anglais orné de fabriques. Le chalet suisse, la maison norvégienne et le
pavillon chinois
construit en 1800 sont toujours la. Mais une tempête emporta en 1905 la falaise de craie (qui est une curiosité naturelle remarquable de l'île de Møn) et d'autres fabriques furent englouties : la chapelle, les ruines, le pavillon de bains et un crucifix de craie.
Vers 1790 le manoir de Fagervik
, probablement maison du maître de forges, fut orné d'un jardin anglais, avec le plus
romantique des pavillons chinois que je connaisse. Il subsiste de nombreuses constructions, remarquables témoignages d'architecture industrielle et sociale de l'époque.
Par ailleurs j'ai rattaché à la Russie le parc de Monrepos (voir ci-dessus), qui appartenait à la Finlande lors de sa création.
Les parcs sont groupés dans la région de Varsovie. Dans la ville, en bord de Vistule, le vaste parc Lazienki
comprend des
fabriques
de la fin 18ème.
Le palais de Wilanów
, aujourd'hui dans les faubourgs de Varsovie, fut aménagé en résidence d'été à partir de 1680 par Jean III Sobieski. Au tout début du 19ème siècle son parc fut aménagé en jardin anglais, avec pièce d'eau, ponts, des fabriques dont un pavillon chinois. Le jardin italien baroque antérieur a été préservé, offrant deux étages aux jardins.
L'évêque Michel Poniatowski, frère du roi Stanislas Auguste fit construire de 1774 à 1780 par l'architecte italien Dominique Merlini le château de Jablonna
. La façade semble s'inspirer d'une pagode chinoise, avec une boule surmontant le toit en pente inversée.
Il était entouré d'un jardin anglais orné, oeuvre de Simon Bogumil Zug, comprenant au moins un pavillon chinois à usage de bains chauds, un pont, une grotte de rocaille et un pièce d'eau. L'ensemble est situé au bord de la Vistule, à 20 km de Varsovie. Le pavillon chinois est conservé.
Le parc d'Arkadia
fondé en 1778 par la princesse Héléna Radziwill, comprend des pavillons et de fausses ruines romaines dont un aqueduc à la force romantique exceptionnelle. Il est situé près de son château de Nieborow à 80 km de Varsovie.
Parc et château de Beloeil
, 11, rue du château, B-7970 Beloeil, 069 68 94 26 ou 68 96 55. Dans l'immense parc, il ne semble plus rien rester des fabriques dont le prince de Ligne l'avait agrémenté (en particulier un pavillon chinois et un pavillon turc).
Le prince, arbitre des élégances aux bals de la cour à Versailles, était l'observateur pénétrant, spirituel et impitoyable de la mode des jardins anglo-chinois (voir la bibliographie). Du parc de la Folie Saint-James, oeuvre de parvenu, il disait " cet endroit serait fort beau, s'il ne l'était pas tant".
La pagode chinoise du parc de Schonenberg à Laeken (faubourg de Bruxelles), inspirée de celle de Kew, a elle aussi totalement disparu, comme l'orangerie chinoise, brûlées par les troupes françaises vers 1800 (ne pas confondre avec le pavillon chinois et le pavillon japonais de l'exposition de Paris de 1900, qui ont été remontés dans le parc de la résidence royale, qu'ils décorent désormais).
Au château d'Attre
, possession des comtes de Gomegnies, un jardin anglais fut aménagé à l'instigation de l'archiduchesse Marie-Christine d'Autriche (soeur de Marie-Antoinette),
avec quelques fabriques, en particulier une énorme rocaille
percée de grottes et surmontée d'un belvédère.
Le parc du château de Wespelaar
comporte des fabriques, dont un temple, une pyramide et un pavillon chinois. C'est le même paysagiste qui traita Laeken.
A Arlesheim, à une dizaine de km au sud-est de Bâle, le parc de l'Ermitage
, aménagé à partir de 1785 pour Heinrich von Ligerz, Franz Carl
von Andlau et Balbina von Staal. C'est un jardin anglais sauvage, parcouru de ruisseaux tombant en cascades, agrémenté de fabriques: grottes de rocaille, temples, maison de l'ermite et de roches gravées d'inscriptions.
Liens : 1, 2
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Autour de Lausanne, dans le domaine du 18ème siècle de Mon repos
un jardin anglais a été aménagé dans les années 1820, avec une ferme et une tour néogothique. Il est donc un peu tardif.
Elle fut peu touchée par la mode du jardin anglo-chinois :
en Italie : dans le domaine des Bourbon-Sicile de Caserte
,
à 30 km au sud de Naples, le parc
comprend un jardin anglais conçu vers 1785
par le paysagiste anglais Graefer pour la princesse Marie-Caroline d'Autriche. Il comprend un lac et un labyrinthe, chacun avec un temple, et les bains de Vénus. Baigné de la lumière du midi et orné de plantes méditerranéennes, ce parc tranche sur les jardins du nord et semble d'un ensorcelant charme capiteux.
La villa chinoise de la Favorite
(Palazzina Cinese) construite en 1798 pour Ferdinand III de Bourbon à Palerme est indéniablement précieuse, mais ne correspond pas au genre anglo-chinois.
en Espagne : un kiosque chinois
a été construit pour le prince de Bourbon dans le parc
du château
d'Aranjuez.
Quelques fabriques ornent le parc du Retiro, en plein centre de Madrid, dont la création est bien antérieure. Au contraire le parc d'
El Capricho
, à la périphérie de la capitale, date de 1783.
Il compte plusieurs fabriques
(un temple de Bacchus, des colonnades, un ermitage, ..), mais il a été retravaillé par la suite.
Les parcs d'Europe les plus complets en terme d'extension et de fabriques visibles sont probablement Kew Gardens, Wörlitz, Pavlovsk et Tsarskoye Selo. Aucun des sites français ne peut rivaliser avec eux en extension. Bien entendu, à l'époque, le Désert de Retz et Méréville leur étaient au moins égaux, et sans doute supérieurs en raffinement, ainsi qu'Ermenonville dans le genre parc philosophique.
Malheureusement, le sublime n'y est pas forcément facile à percevoir : avions et populace à Kew, autoroute à Worlitz, reconstitution trop visible en Russie.
Alors, où retrouver la perfection de l'époque ? sans doute dans des parcs moins spécifiquement anglo-chinois, comme Stowe, Potsdam et Chantilly, en attendant la restauration en cours ou amorcée des trois princeps français.